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Mémoire 14-18

Le saillant de Saint-Mihiel

En bref — Au sud de Verdun, le saillant de Saint-Mihiel a figé le front pendant quatre ans avant d’être réduit en septembre 1918 par une offensive à dominante américaine. On y visite des tranchées conservées au Bois-Brûlé et au bois d’Ailly, la crête des Éparges et le mémorial de Montsec, qui domine toute la plaine. Comptez une journée. Terrain forestier, ne rien ramasser.

Le secteur de Saint-Mihiel est le grand oublié de la mémoire de 14-18 en Lorraine, éclipsé par le champ de bataille voisin. Il mérite pourtant une journée entière : c’est ici que le front s’est enfoncé jusqu’à la Meuse dès 1914, avant de rester immobile quatre ans, puis d’être emporté en quelques jours à l’automne 1918. Le parcours complète utilement la découverte du champ de bataille de Verdun et s’inscrit dans notre dossier sur les sites de mémoire de la Grande Guerre en Meuse.

Ce qu’est un saillant, et comment il s’est formé

À l’automne 1914, l’armée allemande perce vers le sud et atteint la Meuse à Saint-Mihiel, créant une avancée en forme de coin dans les lignes françaises. Ce saillant coupe la vallée, interrompt la voie ferrée qui reliait Verdun au sud, et prive la place forte d’une partie de ses communications — ce qui explique en grande partie le rôle vital joué ensuite par la route de ravitaillement venue de Bar-le-Duc. Les tentatives françaises de réduire cette poche échouent en 1914 et 1915.

Quatre années de front immobile

Faute de percée, le secteur s’installe dans la guerre de position. Les lignes se creusent, se bétonnent, se doublent d’abris et de boyaux. On y trouve les mêmes formes de combat qu’ailleurs : coups de main, guerre des mines localisée, bombardements d’usure. Cette longue stabilité a une conséquence heureuse pour le visiteur d’aujourd’hui : les tranchées, entretenues et consolidées pendant quatre ans, ont mieux résisté au temps que celles des secteurs bouleversés par l’artillerie lourde, et restent parfaitement lisibles en forêt.

Les Éparges, la charnière nord

À l’extrémité nord du saillant, la crête des Éparges domine la plaine de la Woëvre. Elle fait l’objet en 1915 de combats acharnés et d’une guerre des mines qui a laissé au sommet une série d’entonnoirs, aujourd’hui envahis par la végétation. Le lieu est associé aux récits de Maurice Genevoix, qui y a combattu et en a tiré des pages devenues classiques. Un sentier balisé longe la crête, ponctué de monuments ; le point de vue sur la plaine explique à lui seul l’enjeu du secteur.

Le bois d’Ailly et la tranchée de la Soif

Au sud, en forêt d’Apremont, le bois d’Ailly conserve un réseau de tranchées françaises et allemandes remarquablement préservé. On y visite notamment le secteur dit de la tranchée de la Soif, où une unité française encerclée résista plusieurs jours sans eau avant de devoir se rendre — un épisode qui rappelle, à plus petite échelle, ce qu’a vécu la garnison du fort de Vaux. Des panneaux jalonnent le parcours, qui se fait à pied, sur des sentiers forestiers balisés.

Le Bois-Brûlé, tranchées face à face

Tout proche, le Bois-Brûlé présente l’un des ensembles les plus parlants du front lorrain : deux lignes de tranchées bétonnées, françaises et allemandes, séparées par une distance parfois dérisoire. On distingue les créneaux de tir, les abris, les postes d’observation, dans un sous-bois calme où seuls les reliefs du sol rappellent les combats. C’est le meilleur endroit du secteur pour comprendre physiquement ce que signifiait tenir une ligne face à l’adversaire pendant des années.

Septembre 1918 : la réduction du saillant

L’offensive est déclenchée le 12 septembre 1918. Elle est menée à dominante américaine, sous le commandement du général Pershing, avec un appui français important, notamment en artillerie et en aviation. C’est la première grande opération conduite par l’armée américaine comme force autonome sur le front occidental. Attaqué par ses deux flancs, le saillant se replie en quelques jours seulement et Saint-Mihiel est libérée après quatre ans d’occupation. Les combats font, là encore, de nombreuses victimes dans les deux camps.

Le mémorial américain de Montsec

Sur une butte isolée qui domine toute la plaine, une colonnade circulaire en pierre claire commémore l’engagement américain dans le secteur. Au centre, une grande carte en bronze figure le saillant, les lignes et les mouvements de l’offensive : c’est le meilleur outil de compréhension du terrain, à faire avant ou après avoir parcouru les tranchées. La vue circulaire embrasse la Woëvre, la crête des Éparges au nord et le lac de Madine tout proche. L’accès au site est libre.

Le cimetière américain de Thiaucourt

À l’est du secteur, la nécropole américaine de Saint-Mihiel rassemble les tombes des soldats tombés lors de l’offensive de 1918, dans un ensemble paysager très soigné, avec chapelle et mémorial. L’entretien y est assuré par l’administration américaine chargée des monuments de guerre, comme à Montsec. Le contraste avec les nécropoles françaises et allemandes voisines, de conception très différente, fait partie de l’intérêt du parcours : chaque nation a mis en forme son deuil à sa manière.

Une mémoire à plusieurs voix

Le secteur rassemble des sépultures françaises, allemandes et américaines à quelques kilomètres les unes des autres. Les cimetières allemands, souvent installés en lisière de forêt, sont entretenus dans le même esprit de mémoire commune qui prévaut à Verdun. Parcourir successivement ces lieux est la meilleure façon d’échapper au récit à sens unique : on y voit trois armées, trois manières de commémorer, et le même constat d’un désastre qui a touché des centaines de milliers de familles.

Conseils pour la journée

  • Ne ramassez rien : les munitions non explosées restent présentes dans les bois d’Apremont comme aux Éparges.
  • Restez sur les sentiers balisés : les tranchées sont fragiles et le sol reste instable.
  • Chaussures de marche : tout se visite à pied, sur des chemins forestiers souvent boueux.
  • Commencez par Montsec : la carte en bronze donne la clé de lecture de tout le secteur.
  • Prévoyez de quoi boire : les sites sont dispersés et sans services sur place.

Accès, durée et période

Le secteur s’étend au sud de Verdun, entre Saint-Mihiel, Apremont-la-Forêt, les Éparges et Thiaucourt : la voiture est indispensable, les sites étant distants de plusieurs kilomètres. Comptez une journée pour l’ensemble, une demi-journée pour une sélection. Les sentiers sont accessibles librement toute l’année, mais les mois humides rendent les cheminements difficiles ; la meilleure période va d’avril à octobre. Pour les visites guidées et les conditions d’accès, adressez-vous à l’office de tourisme local.

Prolonger le parcours en Meuse

Vers le nord-ouest, l’Argonne offre un autre visage du conflit avec la butte de Vauquois et ses cratères de mines. Vers le nord, le champ de bataille de Verdun concentre les sites les plus visités. Le saillant de Saint-Mihiel se combine aussi très bien avec une étape plus paisible au bord du lac de Madine, à quelques minutes de Montsec, pour terminer une journée dense sur un temps de respiration.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le saillant de Saint-Mihiel ?

Une avancée allemande formée en 1914, qui atteignait la Meuse à Saint-Mihiel et coupait les communications sud de Verdun. Le front y est resté figé quatre ans, jusqu’en septembre 1918.

Quand le saillant de Saint-Mihiel a-t-il été réduit ?

En septembre 1918, par une offensive à dominante américaine appuyée par des unités françaises. Le saillant se replie en quelques jours et Saint-Mihiel est libérée après quatre ans d’occupation.

Que voir dans le secteur de Saint-Mihiel ?

Le mémorial américain de Montsec et sa carte en bronze, les tranchées conservées du Bois-Brûlé et du bois d’Ailly, la crête des Éparges et le cimetière américain de Thiaucourt.

Peut-on marcher dans les tranchées conservées ?

On les longe par des sentiers balisés, sans descendre dans les ouvrages, qui sont fragiles. Comme partout sur l’ancien front, il ne faut rien ramasser : des munitions non explosées subsistent.

Sources

  • Meuse Attractivité ; offices de tourisme de Saint-Mihiel et du Grand Verdun.
  • Mémorial de Verdun.
  • American Battle Monuments Commission — mémorial de Montsec et cimetière de Thiaucourt.
  • Observations de terrain, [votre site].
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Reprenez notre guide du champ de bataille de 1916 pour enchaîner Verdun et le saillant sur deux journées.

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