C’est l’itinéraire par lequel presque tout le monde découvre le massif des Vosges : une route de montagne qui court sur la ligne de crête, passe d’un versant à l’autre et distribue en quelques dizaines de kilomètres l’essentiel des sommets, des chaumes et des points de vue du massif. La route des Crêtes des Vosges n’est pas une simple liaison routière, c’est un parcours en soi, hérité de l’histoire militaire et devenu l’une des plus belles routes panoramiques de France.
Une route née de la Première Guerre mondiale
Le tracé actuel doit beaucoup au conflit de 1914-1918. Le front s’était stabilisé sur la ligne de crête, exactement là où passait alors la frontière entre la France et l’Empire allemand, et l’armée française avait besoin d’un axe de ravitaillement longitudinal, à l’abri des vues ennemies du versant alsacien. Des tronçons furent donc percés ou élargis en urgence pour relier les cols entre eux. Cette origine explique le caractère de la route : elle ne dessert aucune grande ville, elle relie des sommets, et elle traverse des secteurs encore marqués par la guerre de montagne, avec cimetières militaires et vestiges de positions.
Le tracé, du col du Bonhomme à Cernay
La route des Crêtes se parcourt classiquement du nord au sud, du col du Bonhomme jusqu’à Cernay, au pied du massif côté alsacien. Entre les deux, elle enchaîne le col du Calvaire, le col de la Schlucht, les abords du Hohneck, le col de la Croix, le Markstein, le Grand Ballon puis la descente vers le Vieil-Armand. Rien n’oblige à la faire d’un bout à l’autre : la plupart des visiteurs venus de Lorraine y accèdent par Gérardmer et la Schlucht, en font une portion, puis redescendent par une vallée.
Le col de la Schlucht, la porte d’entrée lorraine
Venant de Gérardmer, on rejoint la crête au col de la Schlucht, à 1 139 mètres. C’est le carrefour le plus fréquenté du massif : la route des Crêtes y croise l’axe qui relie la vallée des Lacs à la vallée de Munster. On y trouve des départs de sentiers, des remontées et un jardin d’altitude tout proche, consacré à la flore de montagne. C’est aussi le point de bascule climatique : il n’est pas rare d’y quitter un versant lorrain noyé de brume pour retrouver le soleil au-dessus de la plaine d’Alsace, ou l’inverse.
Le Hohneck, le grand belvédère du parcours
Quelques kilomètres au sud de la Schlucht, une antenne routière monte au sommet du Hohneck, à 1 363 mètres. C’est l’arrêt incontournable : le sommet est dégagé, une table d’orientation permet de nommer les reliefs et, par temps très clair, on distingue la Forêt-Noire et parfois la ligne des Alpes. Le versant lorrain plonge en cirque vers les lacs de Longemer et de Retournemer, une des images les plus reconnaissables du massif et l’un des plus beaux paysages des Vosges. Le parking est petit au regard de la fréquentation estivale : mieux vaut y être tôt.
Le Markstein, le Grand Ballon et la partie sud
Au sud du Hohneck, la route poursuit vers le Markstein, petit domaine skiable posé sur la crête, puis atteint les pentes du Grand Ballon, point culminant du massif à 1 424 mètres. C’est la portion la plus aérienne : la route serpente à découvert au-dessus des vallées, avec des vues très ouvertes sur la plaine d’Alsace et, plus loin, la Forêt-Noire. La descente finale passe par le Hartmannswillerkopf, dit le Vieil-Armand, haut lieu de mémoire de 1914-1918.
Chaumes et fermes-auberges
Ce qui frappe sur les crêtes, c’est l’absence de forêt. Au-dessus de 1 100 mètres environ s’étendent les chaumes, pelouses d’altitude longtemps entretenues par le pâturage estival des troupeaux montés depuis les vallées. Cette tradition survit dans les fermes-auberges, exploitations agricoles qui servent en saison une cuisine simple issue de la ferme : soupe, tourte, viande, munster, siaskas ou tarte aux myrtilles selon les maisons. Beaucoup ferment en hiver et affichent complet le week-end en été : la réservation est vivement conseillée, et les horaires de service sont souvent restreints. Les offices de tourisme du massif tiennent la liste des établissements ouverts.
En voiture, à moto ou à vélo
La route est ouverte à tous, avec des ambiances très différentes. En voiture, elle se prête à une journée d’arrêts successifs, avec des aires de stationnement à chaque col. À moto, c’est un classique du Grand Est, très fréquenté aux beaux jours. À vélo, les montées depuis les vallées sont longues mais régulières, et la crête elle-même vallonne sans jamais devenir extrême : c’est un terrain de cyclotourisme réputé, emprunté par de grandes courses. Dans tous les cas, la circulation est dense en juillet et en août, et le brouillard peut réduire fortement la visibilité même en plein été.
Les randonnées au départ de la crête
La route sert de point de départ à une grande partie des itinéraires du massif. Le GR5 suit la ligne de crête du nord au sud, ce qui permet d’enchaîner des tronçons entre deux cols en jouant sur les navettes ou sur deux véhicules. Depuis la Schlucht, le sentier des Roches, taillé dans la falaise avec passerelles et marches, offre un parcours spectaculaire mais exigeant, déconseillé par temps humide ou gelé et aux personnes sujettes au vertige. Plus doux, le tour des lacs de Longemer et de Retournemer, en contrebas, se fait en famille. Le balisage du Club vosgien couvre l’ensemble du secteur.
Quand y aller, et ce qui ferme l’hiver
La bonne saison va de la fin du printemps à l’automne. Juin offre les chaumes en fleurs, l’été les journées longues, septembre et octobre une lumière rase et des couleurs remarquables sur les hêtraies. En hiver, plusieurs tronçons d’altitude sont fermés à la circulation, notamment pour laisser place aux activités nordiques et de luge, et les portions ouvertes exigent un équipement adapté. Ces fermetures varient selon les conditions et selon les années : renseignez-vous auprès des offices de tourisme et des services routiers avant de monter. Au printemps, la neige tient tard en altitude.
Nos conseils pour bien la parcourir
- Partez tôt : les parkings des sommets et des cols saturent dès le milieu de matinée en été.
- Prévoyez une couche supplémentaire : il fait couramment plusieurs degrés de moins sur la crête qu’en vallée, avec du vent.
- Réservez la ferme-auberge la veille, et prévoyez du liquide, certaines n’acceptant pas la carte.
- Ne comptez pas sur le réseau mobile ni sur des stations-service en altitude : faites le plein en vallée.
- Restez sur les sentiers : les chaumes sont des milieux fragiles et des zones de pâturage en activité.
Prolonger la route des Crêtes
Une fois la crête parcourue, le massif se découvre par ses vallées. Côté lorrain, la descente vers Gérardmer ouvre sur les lacs et les stations, tandis que les vallées de la Moselotte et de la Vologne concentrent les plus belles cascades des Vosges, souvent accessibles par de courts sentiers en famille. En restant deux ou trois jours, on combine facilement une journée de crête, une journée de randonnée et une journée au bord de l’eau.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour faire la route des Crêtes ?
Comptez une journée complète avec les arrêts aux cols, une montée au Hohneck et un repas en ferme-auberge. En roulant sans s’arrêter, la traversée prend quelques heures, mais elle perd tout son intérêt.
La route des Crêtes est-elle ouverte en hiver ?
Partiellement. Plusieurs tronçons d’altitude ferment à la circulation en saison froide, selon l’enneigement. Vérifiez l’état des cols auprès des offices de tourisme du massif avant de partir.
Où commence et où finit la route des Crêtes ?
Elle relie classiquement le col du Bonhomme, au nord, à Cernay, au sud, en suivant la ligne de partage entre le versant lorrain et le versant alsacien du massif.
Peut-on faire la route des Crêtes avec des enfants ?
Oui, en fractionnant. Les arrêts sont courts, les tables d’orientation parlantes et plusieurs sentiers au départ des cols sont familiaux. Prévoyez de quoi couvrir les enfants, il fait frais en altitude.
Sources
- Parc naturel régional des Ballons des Vosges.
- Offices de tourisme de la vallée des Lacs, de Gérardmer et de la vallée de Munster.
- Club vosgien, balisage et sentiers du massif.
- Observations de terrain, [votre site].
Commencez par le sommet le plus visité du massif avec notre fiche sur le sommet emblématique des Vosges, puis redescendez vers la vallée des Lacs.

