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Patrimoine & châteaux

L’Art nouveau et l’École de Nancy

En bref — L’Art nouveau à Nancy naît autour de 1900 avec l’École de Nancy, qui réunit Émile Gallé, Louis Majorelle et les frères Daum. À voir : le musée de l’École de Nancy, la Villa Majorelle, la collection Daum du musée des Beaux-Arts et les façades du centre-ville. Comptez une journée complète pour l’ensemble, une demi-journée pour les deux musées principaux.

Nancy est, avec Bruxelles et Barcelone, l’une des grandes capitales européennes de l’Art nouveau. Vers 1900, une génération d’artistes et d’industriels y applique aux meubles, aux verreries, aux ferronneries et aux façades un vocabulaire emprunté aux plantes et aux insectes. Cet héritage, moins spectaculaire au premier regard que la place Stanislas, se mérite : il faut lever les yeux, pousser des portes, marcher un peu. Ce guide explique ce qu’est l’École de Nancy, où voir ses œuvres et comment organiser un parcours cohérent dans la ville, en complément de notre panorama du patrimoine lorrain.

Pourquoi l’Art nouveau est né à Nancy

Après 1871 et l’annexion d’une partie de la Lorraine, Nancy accueille industriels, ingénieurs et familles venus de Metz et de la région annexée. La ville se développe vite, se dote de nouveaux quartiers et dispose d’un tissu d’entreprises d’art : verreries, ébénisteries, ateliers de ferronnerie, imprimeries. À cette énergie économique s’ajoute une tradition botanique solide, avec un jardin et une école forestière réputés. Le terrain était donc idéal pour qu’un mouvement décoratif inspiré de la nature trouve à la fois ses motifs, ses artisans et ses commanditaires.

L’École de Nancy, une alliance d’artistes et d’industriels

L’École de Nancy se constitue officiellement au tout début du XXe siècle sous la forme d’une alliance provinciale des industries d’art, présidée par Émile Gallé. L’idée est moderne : associer création artistique et production en série, diffuser le beau dans le mobilier courant, former des apprentis, exposer ensemble. Autour de Gallé se retrouvent Louis Majorelle pour le meuble, Antonin et Auguste Daum pour le verre, Eugène Vallin pour la menuiserie d’art, Jacques Gruber pour le vitrail et Victor Prouvé pour la peinture et la décoration.

Émile Gallé, le verre et le bois

Céramiste, verrier, ébéniste et botaniste, Gallé est la figure centrale du mouvement. Ses vases en verre gravé multicouche, ses lampes et ses meubles marquetés font entrer dans le décor bourgeois les ombelles, les iris, les libellules et les chauves-souris. Beaucoup de ses pièces portent une inscription, un vers ou une devise gravée : Gallé voulait des objets qui parlent. Ses créations se voient au musée de l’École de Nancy et au musée des Beaux-Arts, et ses motifs se retrouvent, transposés dans la pierre et le fer, sur les façades de la ville.

Majorelle, Daum, Gruber : les autres grands noms

Louis Majorelle industrialise le meuble Art nouveau, avec des lignes souples, des bronzes en applique et un dessin reconnaissable ; il fait construire pour lui-même la Villa Majorelle. Les frères Daum développent une verrerie d’art qui traversera le siècle et existe toujours. Jacques Gruber, enfin, est l’homme du vitrail : ses verrières éclairent des maisons privées, des banques et des cages d’escalier dans toute la ville. Repérer une verrière de Gruber derrière une porte cochère est l’un des plaisirs de la promenade nancéienne.

Le musée de l’École de Nancy

Installé dans une ancienne maison de collectionneur, entourée d’un jardin, le musée de l’École de Nancy présente le mouvement dans son cadre : pièces de mobilier complètes, verreries, céramiques, vitraux et reconstitutions d’intérieurs. On y comprend que l’ambition était l’œuvre totale, où la poignée de porte, le lit, le luminaire et la fenêtre relèvent du même dessin. Le jardin abrite un aquarium et un monument funéraire déplacés, curiosités qui valent le détour. C’est le point de départ logique de toute découverte du mouvement.

Les façades et les devantures du centre-ville

Une bonne partie de l’Art nouveau nancéien reste dans la rue, gratuitement visible. Immeubles à bow-windows et à décors de pierre sculptée, portes en bois ouvragé, ferronneries de balcons, mosaïques de seuil, devantures de commerces conservées : les rues du centre et les quartiers construits au début du XXe siècle en sont parsemés. Certaines brasseries et banques ont gardé leur décor intérieur d’origine et se visitent simplement en poussant la porte, à condition de rester discret et de consommer sur place.

La collection Daum du musée des Beaux-Arts

Au bord de la place Stanislas, le musée des Beaux-Arts consacre une large section aux verreries Daum, installée dans un sous-sol où affleurent des vestiges des anciennes fortifications. Le parcours suit l’évolution de la maison, des pièces Art nouveau aux créations contemporaines. C’est le complément idéal du musée de l’École de Nancy et, pour un séjour court, la façon la plus rapide de saisir le niveau technique atteint par les verriers lorrains autour de 1900.

Un parcours d’une journée dans la ville

Le matin, commencez par le musée de l’École de Nancy, puis rejoignez la Villa Majorelle, toute proche. Déjeunez dans une brasserie du centre au décor d’époque. L’après-midi, faites le tour des façades du centre-ville, terminez par la collection Daum du musée des Beaux-Arts et ressortez sur la place Stanislas à l’heure où les grilles se dorent. Ce découpage évite les allers-retours et alterne intérieurs et marche. Pour le reste de la ville, notre guide pour visiter Nancy complète l’itinéraire.

Cinq conseils pour bien voir l’Art nouveau

  • Vérifiez les jours d’ouverture des deux musées municipaux : ils ne coïncident pas toujours avec ceux du musée des Beaux-Arts.
  • Prenez un plan du parcours Art nouveau à l’office de tourisme : beaucoup de façades sont hors des rues principales.
  • Marchez tête levée et regardez les rez-de-chaussée : les décors se lisent surtout aux étages et sur les devantures.
  • Réservez à l’avance la visite de la Villa Majorelle, dont la capacité d’accueil est limitée.
  • Gardez un jour de pluie pour ce thème : il se vit essentiellement en intérieur ou sous les porches.

Poursuivre au-delà de Nancy

L’Art nouveau lorrain ne s’arrête pas à la ville : on en retrouve des traces dans les stations thermales, les villas industrielles et jusque dans certaines gares de la région. Il s’inscrit aussi dans une continuité, celle d’une Lorraine des métiers d’art où le verre, le cristal et la faïence tiennent une place ancienne. Pour replacer le mouvement dans son contexte, reportez-vous à notre dossier sur le patrimoine et les châteaux de Lorraine, qui couvre du gothique au XXe siècle.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’École de Nancy ?

Une association d’artistes et d’industriels d’art fondée au début du XXe siècle autour d’Émile Gallé. Elle réunissait Majorelle, les frères Daum, Gruber, Vallin et Prouvé, et a diffusé l’Art nouveau dans le mobilier, le verre, le vitrail et l’architecture.

Où voir l’Art nouveau à Nancy ?

Au musée de l’École de Nancy, à la Villa Majorelle et dans la collection Daum du musée des Beaux-Arts. Beaucoup se voit aussi gratuitement dans les rues du centre, où subsistent façades, verrières, ferronneries et devantures d’époque.

Combien de temps faut-il pour tout voir ?

Une journée complète permet d’enchaîner les deux musées, la Villa Majorelle et un parcours de façades dans le centre. Une demi-journée suffit si vous vous limitez aux musées, en réservant la villa à l’avance.

Peut-on visiter les maisons Art nouveau de Nancy ?

Seule une partie se visite, la Villa Majorelle en tête. Les autres restent des propriétés privées que l’on admire depuis la rue, sauf ouvertures exceptionnelles lors des Journées européennes du patrimoine, en septembre.

Sources

  • Musée de l’École de Nancy et Villa Majorelle, Ville de Nancy.
  • Musée des Beaux-Arts de Nancy, collection Daum.
  • Destination Nancy, office de tourisme métropolitain.
  • Observations de terrain, [votre site].
Envie de voir une œuvre totale ?
Poussez la porte de la Villa Majorelle, première maison Art nouveau de Nancy.

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